[M-E 002] White zombie > La Sexorcisto: devil music vol.

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Message  Kaptendonc le Dim 27 Nov - 17:24

WHITE ZOMBIE
“La Sexorcisto: Devil Music Volume one”
Label: Geffen 1992
Style: sleazy cyber-thrash culto-genius



Certaines nuits, quand le sommeil tarde à venir, je rédige mentalement et par ordre alphabétique ma liste des meilleurs albums de tous les temps. Je m’endors en général bien avant d’en avoir recensé le tiers, mais l’autre nuit, j’ai rêvé que je continuais à faire ma liste, et qu’à la lettre W je mettais: WHITE ZOMBIE “La Sexorcisto”. J’étais assez perplexe en me réveillant et ça m’a turlupiné toute la journée: pourquoi cet album ? Etait-ce mon inconscient qui voulait me signifier quelque chose ? Ou bien avais-je été victime d’un sortilège vaudou ? C’est vrai que je ne l’ai plus écouté depuis longtemps, cet album de White Zombie, à tel point que des toiles d’araignées immenses prolifèrent autour de lui, mais je me souviens aussi du vrai choc que m’avait procuré sa découverte, choc comparable à ma première chute de mobylette sur une plaque d’égoût glissante.

Flash-back sur les nineties aux States: c’est la fin des haricots pour le Glam et le début des couilles en or pour le Grunge, mais le Metal continue à se chercher, à muer, plutôt que muter, comme un animal change de pelage ou de carapace pour survivre. Il se met alors à s’hybrider en flirtant avec le Funk, le Rap et tout ce qui s’en suit, et voilà qu’au début de l’année 1992 sort le premier album de Rage Against The Machine, qui va complètement modifier la donne: désormais la musique devient sérieuse, elle parle des injustices sociales et de la guerre du Golfe, il n’est plus question de simple chahut lycéen ni de headbanging du samedi soir, la jeunesse américaine ne s’éclate plus, elle enrage.

Mais durant la même année on voit apparaître dans les bacs un album qui pourrait être son parfait contraire, avec une pochette ultra-flashy, un titre débile, et dont le forfaiteur est un combo new-yorkais répondant au nom de White Zombie, que personne ne connaît mais qui existe depuis 1987. A sa tête, un certain Robert Cummings, allias Rob “Dirt” Straker, allias Rob Zombie, grand amateur de films d’horreur de série B, de Marvel Comics, de porno cheap, et de toute cette sous-culture qui grouille au plus profond des entrailles de l’Amérique mais dont il n’est pas de bon ton de faire allusion dans une conversation sans passer pour un attardé de première. C’est dans cette malle au trésor au contenu dense et inépuisable, que Rob va puiser son inspiration pour écrire ses chansons, et les mettre en musique avec son groupe, dont le nom provient justement du titre d’un vieux film de morts-vivants avec Bela Lugosi: “White Zombie”, et pour un groupe de Metal ce nom a pratiquement le même impact phonique que: Black Sabbath.

La voix de Rob est tout à fait à l’image de son univers: grave, glaciale et flippante, ce qui ne l’empêche pas d’avoir une jolie copine, Shauna Reynolds, rebaptisée Sean Yseult, qui joue de la basse plutôt solidement. La guitare est tenue par un certain “J” qui aligne des riffs cycloniques avec l’inusable déterminisme d’un robot. Quant au batteur, un dénommé DePrume, il a exactement la bonne quantité de muscles et de cervelle pour faire son boulot sans mollir. C’est le producteur Andy Wallace qui va enfin donner au groupe le vrai SON qu’il lui fallait: sale et froid, lourd et tranchant, angoissant et saccadé, visqueux et rhizomatique, on se croirait en plein milieu d’une rituel de magie-noire haïtien qui vire à la transe totale jusqu’à ce que les morts sortent de terre et viennent forniquer devant vous. C’est en tout cas ce que suggère l’intro de “Black Sunshine”, à laquelle Iggy Pop, autre grand allumé notoire, est venu rajouter ses vocaux pré-orgasmiques.

En voyant les titres des morceaux (“Grindhouse a go-go”, “Spiderbaby”, “Knuckle Duster”, ”One Big Crunch”, “Warp Asylum”, “Cosmic Monster Inc”...) et en entendant leurs intros extraites de bandes-son de films fantastiques, on pourrait facilement penser que tout cela n’est qu’une grosse mascarade grand-guignolesque à mettre au même rayon que les vieilles excentricités d’Alice Cooper ou les petites farces psychobilly des Cramps et des Misfits, pourtant il y a là bien autre chose. Les textes des chansons, déjà, sont loin d’être des naïves histoires de vampires et de cimetières au crépuscule: “Livin fast and dying young like an endless poetry, my motor psycho nightmare freak out inside of me...” (Thunder Kiss’65), c’est là un langage à la fois délirant et purement Rock’n’Roll, déclamé par une voix inhumaine qui condamne d’emblée la possibilité d’un second degré dans la lecture. Rob Zombie est un créateur illuminé qui a compris que le monde est rempli de comic-books dont n’importe qui peut devenir l’un des pires héros.

Ironie du sort, le pauvre gars s’est tellement pris au jeu de son personnage qu’il a très mal fini: split du groupe, album solo assez mou (“Hellbilly Deluxe “), série de concerts à la scénographie extravagante, tournée avec l’Ozzfest, folie des grandeurs qui lui a tout juste valu la présence d’un de ses morceaux (“Dragula”) sur la bande-son du film Matrix, et d’un autre (“Scum Of The Earth”) sur celle de Mission Impossible 2. Autant oublier ça tout de suite et revenir sur la période White Zombie, où l’authentique génie de Rob était encore en pleine effervescence, et où sa fureur paranormale s’exprimait d’une manière totalement constructive. On remarquera en effet qu’il laisse énormément de place aux passages instrumentaux, et que sa voix n’est pas l’unique élément créateur de malaise. Le hachurage obsessionnel des riffs et leur déferlement fracassé déstabilise l’auditeur en quelques secondes, et pour l’époque c’était plutôt rare, il n’y avait peut-être que Prong qui jouait sur ce terrain-là, mais Prong était trop clean et terre-à-terre, il y manquait cette excentricité ensorcelante qui nimbait la musique de White Zombie d’un climat de terreur.

Je rappelle que le sous-titre de l’album est “Musique du Diable Volume 1” (le Vol.2 sera “Astro-Creep 2000” sorti trois ans plus tard), et si une telle formule peut prêter à sourire, elle n’est pourtant pas plus ridicule que toutes les allusions à Satan et à l’enfer qui apparaissent dans le paysage musical metallique environnant: le Death et le Black ne se privent pas d’orienter leur vocabulaire dans ce sens, ou d’y tremper l’atmosphère de leurs artworks. Or justement on peut constater que sur la pochette de cet album ’il n’y ni pentagramme ni tête de bouc, ni lettrage gothique ni symboles occultes, ni noir et blanc ni rouge sang, mais au contraire d’atroces couleurs criardes et un collage qui pourrait passer pour de l’art psychédélique haut de gamme, alors où est le diable dans tout ça ?

C’est justement par ce goût du décalage que White Zombie a semé le trouble auprès d’un public à l’esprit étroit, et s’est délibérément placé en marge de tout, aussi bien au niveau musical que visuel. L’aspect hallucinant de la cover rappelle aussi toutes ces BD américaines vite faites et mal imprimées, où des superhéros en matière synthétique se battent contre des hordes d’ombres verdâtres et d’extraterrestres caoutchouteux. Si le groupe s’est beaucoup nourri de cet esthétique underground, il a eu aussi pas mal de suiveurs, à en juger par la quantité de pochettes d’albums Stoner, Doom, Psyche, Punk et autres, qui on fleuri ces dernières années avec un certain succès. De même, l’utilisation de samples de films d’horreur a été reprise par toute une cohorte de groupes Death ou Grind, qui utilisent souvent ce gimmick de façon systématique et pas toujours très habile.

Puisqu’on parle d’influences et d’héritage, il semblerait qu’il y ait aujourd’hui une bonne centaine de groupes, y compris Rammstein, qui n’hésitent pas à citer White Zombie parmi leurs références. Par contre, si l’on fouille un peu les archives des sites de metal, on constate que “La Sexorcisto” y est généralement absent, de même que les autres albums du groupe. Est-ce un oubli ou un choix volontaire ? Une lacune plutôt, qu’il serait sûrement utile de combler... C’était peut-être là le sens caché de mon rêve, car même si je n’irai jamais jusqu’à classer cet album parmi les “meilleurs de tous les temps”, il mérite au moins de figurer dans mes petites chroniques experto-metalliques. Et puis il va quand même falloir un de ces jours que je m'occupe de ces maudites toiles d'araignées... spiderman

(“Astro-Creep 2000” est pas mal aussi, un peu trop “bien” produit, mais meilleur que son remix electro paru sous le titre “Supersexy Swingin’Sounds” avec notamment le tube “More Human Than Human”, qui passe encore parfois dans certains bars... gothiques ! )
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Re: [M-E 002] White zombie > La Sexorcisto: devil music vol.

Message  maarnaden le Sam 29 Avr - 14:40

tiens, c'est marrant, ces derniers temps je me replonge dans l'écoute de WHITE ZOMBIE (que j'avais sur de vieilles K7) et un peu de ROB ZOMBIE en solo (moins bien c'est vrai)... ce groupe avait vraiment quelque chose à part mais a quand même bien marché... "La Sexorcisto" et "Astro Creep 2000" restent toujours bien jouissifs à écouter et les vidéoclips de White Zombie comme de Rob Zombie sont à voir clown
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