[M-E 001] Meshuggah > Catch Thirtythree

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[M-E 001] Meshuggah > Catch Thirtythree

Message  Kaptendonc le Ven 3 Juin - 22:58

MESHUGGAH
“Catch Thirythree”

Nuclear Blast 2005
Style: thrash-death expérimental



Meshuggah. Bon, n’y allons pas par quatre chemins: ce qui me gêne avec ce groupe, c’est qu’il est devenu énorme. Nuclear Blast fait un travail de promo qui relève du grand matraquage, l’album est en écoute libre dans les Fnac au même titre que le dernier Oasis ou le nouveau Mylène Farmer, le groupe a sa photo en couverture de plusieurs mags de Metal et suscite même outre-atlantique l’intérêt de la presse rock-culturelle, notamment Rolling Stone qui le qualifie de “one of the most important hard and heavy bands” (sic) Leur dernière tournée américaine leur a d’ailleurs permis de s’approprier presque tous les fans de Slipknot, voire d’autres pointures de la scène Metal actuelle. On ne s’étonnera donc pas de croiser dans la rue des morveux de 12 ans qui arborent négligemment un T-shirt de Meshuggah comme nimporte quel autre de leur groupe de Rap-Metal favori. Or il n’en a pas toujours été ainsi...

Meshuggah, il y a quelques années (combien exactement, je ne saurais dire), était une sorte de mot magique, un nom de code, un symbole redoutable qui divisait l’humanité en deux camps: ceux qui en avaient entendu assez pour être intimement convaincus que Meshuggah représentait le summum absolu de l’extrémité métallique, et les autres, qui ne connaissaient même pas l’existence de ce ce groupe, ou alors juste son nom vaguement aperçu dans un catalogue de VPC, alphabétiquement perdu entre Merauder et Metal Church. Il existait donc une espèce de connivence entre les “initiés” qui, même s’ils ne se connaissaient pas entre eux, formaient comme une communauté invisible qui s’étendait à travers le monde sans qu’on puisse en découvrir l’existence. Un peu comme ce livre de Malcolm Lowry “Under the Volcano” dont les lecteurs étaient si rares mais tellement fanatiques et ensorcelés par ce bouquin qu’ils avaient formé sans s’en rendre compte une confrérie internationale dont personne ne soupçonnait l’existence, sauf ses propres membres lorsqu’ils se rencontraient par hasard et se reconnaissaient instantanémement, grâce à ce secret littéraire qui les hantait jusqu’à marquer l’expression de leur visage d’une grimace inimitable.

Pour Meshuggah c’était un peu pareil à cette époque dont je vous parle, on voyait tout de suite si un mec était porteur du virus Meshuggah ou pas, rien qu’à la façon dont il se déplaçait, éffectuait certains gestes de la vie quotidienne, ou regardait droit devant lui avec cette attitude caractéristique de ceux dont le système nerveux a été sévèrement endommagé, une sorte d’indifférence béate mêlée de cynisme aigre et de froideur mécanique, comme un type revenu de tout, et dont la seule préoccupation est de savoir comment se tuer sans que ça fasse trop mal ni que ça salisse tout. Mais cette ambiance d’obscure clandestinité n’a pas duré longtemps, car l’album “Destroy-Erase-Improve” n’est pas passé inaperçu, c’est le moins que l’on pusse dire, et ensuite, dès la sortie de “Chaosphère”, on savait déjà que c’était la fin: le nom de Meshuggah n’était plus un secret bien gardé, les médias du Metal s’en étaient emparés sans ménagement et l’agitaient au-dessus de leurs têtes comme un trophée dont il n’arrivaient même pas à estimer la valeur, mais que tout le monde s’arrachait avec frénésie, car après avoir compris de quoi il s’agissait réellement, qui n’en aurait pas voulu un morceau ?

Bon, et maintenant... maintenant il va falloir parler de Meshuggah comme autrefois on parlait de quelque chose qui s’appelait par exemple Pantera, Slayer ou Sepultura, c’est à dire une grosse machine bien huilée bien astiquée bien installée sur son beau socle de foire-exposition sous des projecteurs aussi aveuglants qu’un soleil de juillet à midi. Dans ces conditions, ça paraît un peu bizarre de dire que “Catch thirtythree” est un album génial. Et pourtant c’est le cas, mais pas de la manière dont on pense de prime abord. Il est génial en ce sens que le groupe a parfaitement su se servir de sa “célébrité” pour se permettre de faire n’importe quoi... et de le faire, c’est à dire l’assumer. Par exemple insister sur un même riff et le répéter si longuement qu’on se demande s’il n’y a pas un genre de rayure dans le CD. Par exemple faire un morceau entier avec une voix de martien. Par exemple mélanger anarchiquement batterie programmée, batterie normale et percussions mécano-tribales. Par exemple intituler un morceau: “In death is life” et le suivant: “In death is death”. Par exemple... non, il y a trop d’exemples, ce serait trop long a énumérer, surtout avec ces treize morceaux qui sont si différents les uns des autres mais qui deviennent parfois quasiment similaires à force d’emberlificoter nos nerfs et d’applatir notre perception des sons par leur démultiplication éffrénée.

C’est un album qui peut rendre cinglé n’importe qui très vite, si vous voulez savoir la vérité. Comme un genre de ver parasite qui vous serait rentré dans une oreille et creuserait avec obstination vers le centre du cerveau, sans qu’on sache réellement quelles sont ses intentions, et qui serait en outre muni d’un pistolet-à-clous. Par ailleurs il faut dire que la dureté, la froideur, la sècheresse et l’acérité de chaque note juxtaposée avec la suivante et la précédente engendrent immanquablement un sentiment d’égarement, d’abandon et de précipitation impitoyable dans un gouffre de malheur où culminent toutes les répressions émotionnelles qui peuvent nous donner un aperçu de la froideur de la mort. S’il y a une issue quelque part, ce n’est pas dans ce monde-ci qu’il va falloir la chercher, ou alors pas dans ce siècle, car cette musique est celle d’un futur où les gens devront se mouvoir avec je ne sais quelles combinaisons de science-fiction, et avec des prothèses qui les aideront à se déplacer à peu près normalement, mais leur cerveau sera celui d’un babouin, d’un crapaud ou d’une limace. Comme quoi l’humanité n’a pas fini de rigoler, mais Meshuggah n’est pas là pour jouer les prophètes, ni les philosophes. Tout ce qu’ils peuvent faire c’est nous habituer à la douleur qui nous attend, et nous la faire aimer.
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Re: [M-E 001] Meshuggah > Catch Thirtythree

Message  DoomedTo le Sam 4 Juin - 11:00

c'est là qu'il faut faire clap clap ?

DoomedTo
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Re: [M-E 001] Meshuggah > Catch Thirtythree

Message  jol le Sam 4 Juin - 16:56

Ah zut! Je ne partage pas le "secret".
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Re: [M-E 001] Meshuggah > Catch Thirtythree

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