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Message  Kaptendonc le Mer 9 Mar - 15:17

PRIMORDIAL
"The Gathering Wilderness"

Metal Blade records 2005
style: Dark-Folk Black-Metal


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Le teint gris de l’épais digipack nous transporte dans une Irlande maussade et mouillée, où le vent glacial crucifie les oiseaux en plein vol sur un ciel alourdi de cendres. L’horizon s’y découpe comme une écorchure maladroitement dissimulée par un affreux rideau de pluie, au-delà duquel il n’y a plus rien. Nous sommes sur une île où les routes sont tordues et bordées de murs de pierre qui s’écroulent. Elle ne mênent jamais très loin, ces routes, et d’ailleurs où voudriez-vous encore aller ? Quand on se trouve du côté de Clifden ou de Kilkee, là où l’océan éventre les rochers avec la virulence d’une hydre baveuse, la seule terre qu’on pourrait espérer apercevoir au large ce serait l’Amérique. Sans doute que même les moutons en rêvent, lorsque les chiens les arrêtent de leurs jappements fous avant qu’ils ne dégringolent du haut des falaises. Ici on ne s’enfuit pas: on supporte, on souffre et on prie. Pas étonnant que les habitants de ce pays se soient entretués pendant plus de huit siècles, et que le terrorisme ait été inventé ici-même.

Pas étonnant non plus que Primordial ait commencé par faire du Black Metal très dur, quand on sait l’importance qu’à eu la religion dans le conflit qui a déchiré le pays en deux avec une férocité absurde. Cela devait représenter pour eux une simple méthode de survie que de pouvoir opposer à la violence de l’Histoire celle d’une musique dont on pouvait espérer qu’elle cautérisera les plaies encore sanguinolentes comme un fer chauffé à blanc. Mais peu à peu voilà que cette pratique scarificatoire s’est faite plus précise, plus inventive et plus introspective, au point d’en arriver, avec ce nouvel album, à une parfaite synthèse entre souffrance et révolte, haine et espoir, tristesse et beauté. Une oeuvre qui vous glace et vous brûle, vous ébranle comme un chêne sous les coups de hache, et en même temps vous étrangle d’une émotion inavouable.

Passé le choc de la première écoute, on remarquera qu’il n’y a que sept morceaux, mais ils durent tous au moins huit minutes, et il y a une telle cohésion entre eux qu’on peut difficilement les percevoir séparément, chacun semblant devenir le prolongement logique du précédent, comme un adroit emboîtage de pièces de bois qui forment la coque d’un navire au profil élancé. La composition même de ces morceaux a quelque chose d’extrèmement dynamique rappelant presque le principe des fugues de Bach, avec des parties qui semblent sans cesse fuir dans les reprises du motif. C’est parfois à une véritable transe qu’on est conviés, tant la répétition acharnée du riff cru, soutenu en permanence par une batterie hallucinément tribale, s’incruste avec un déterminisme rusé au plus profond de nos têtes comme une dangereuse ritournelle aux accents ancestraux.

Observons au passage que le groupe n’est pas tombé dans le travers du fifrelin et de la cornemeuse, et que les références à un folklore celte se font avec une telle subtile humilité qu’elle en aspire au respect immédiat. Vous ne trouverez pas ici de ballade barde jouée au biniou en tapant du pied, ni de refrain populaire dédié à la gloire du whisky Black Bush.Tout au plus entend-on quelques notes de violon et des arpèges de guitare folk qui n’ont rien d’excessivement démonstratif. La simplicité et l’intégrité semblent les mots d’ordre également au niveau du rendu sonique des instruments, qui demeure ancré dans un esprit très Rock de base: guitare Gibson SG (comme Angus Young) et basse Rickenbaker (comme Lemmy de Motörhead), ce qui ne manque pas de plonger l’ensemble dans une atmosphère de vieille forge. On ne peut qu’en être réjoui, surtout à l’heure où la plupart des groupes du même style font au contraire systématiquement appel à des orchestres classiques, des choeurs géants et toutes sortes de pompeux arrangements qui font résonner la moindre note comme du Wagner obèse et stéroïdé.

Ce n’est pas pour autant que cet album sonne fruste ou fade, au contraire, la production est suffisemment intelligente pour avoir su balancer équitablement toutes les forces en présence, et surtout mettre en évidence la voix de Nemtheanga qui n’a jamais eu une telle ampleur et une telle variété de tons auparavant. Il y a du Neurosis, du Forgotten Tomb et de l’Anathema dans cette voix, et pas mal d’autres choses aussi, mais son accent gaelique sévèrement implanté dans la tourbe noirâtre de sa patrie lui donne une dimention qui l’éloigne à jamais d’une ordinaire voix Black ou Death ou Thrash ou Doom ou quoi que ce soit d’autre. Son type de chant atteint parfois l’aspect dérangeant d’une incantation druidique ou de la prière naïve et désespérée d’un homme seul qui, dans sa fièvre quérulente, s’adresse directement à la nature dans ce qu’elle a de plus terrifiant, lorsque le vent prend l’île en tenaille sur le front des falaises et qu’à la tombée de la nuit resurgissent les terreurs ancestrales tapies comme des trolls dans le froissement des roseaux pourissants. Et lorsqu’au bord du vertige elle semble s’éteindre dans un mince crachat, ce n’est que pour se remettre à hurler de plus belle, entraînée subitement par les ravageuses bourrasques de guitares qui refont crépiter un brasier grondant de flammes immenses, trouant le ciel dans l’absolue sauvagerie des tempêtes d’hiver.

Je n’insisterai pas sur les thèmes abordés dans les chansons, qui sont suffisemment bien expliqués dans le livret sous forme de petits textes soignés et faciles à lire, et si l’on feuillette ces pages sombres jusqu’au bout on découvrira une petite phrase dédiant l’album à Quorton, ce qui n’est pas franchement étonnant. Les Vikings qui sont venu décimer l’Irlande au VII ème siècle ont sûrement dû y laisser assez de traces brûlantes et païennes pour qu’on y retrouve une connexion directe dans la musique d'un groupe actuel. C’est même précisémentent grâce au riche et hybride terreau culturel de son île que Primordial a réussi à faire de “the Gathering Wilderness” un album au contenu si dense et au caractère aussi affermi. N’en déplaise aux puristes qui ne verront en ce groupe que de grossiers imitateurs de Bathory ou des imposteurs inspirés par un revival folk-metal de mauvaise augure, il est pourtant difficile de ne pas considérer leur dernier album comme un des plus beaux sortis depuis le début de l’année. En tout cas, je peux vous affirmer qu’après la vingtième écoute, sa capacité à produire de l’émerveillement reste intacte.
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Message  Cardinal-Sin le Mar 15 Mar - 19:57

très bien disque de metal épico-atmosphérique, je l'ai reçu il y a 2 jours et je l'écoute en boucle!
L'influence Bathory est bien assimilée et après 2 écoutes on s'attend plus à attendre des ohohohhhooooh partout Wink
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Message  DoomedTo le Mer 16 Mar - 9:21

mais Kapten Dong, il est interdit de recopier mes chroniques voyons ! quelques unes ça passait, mais là, y a de l'abus...

bon d'accord c'est pas vrai, bravo Kapten Dong.

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Message  maarnaden le Dim 24 Avr - 16:26

j'aime assez... j'avais déjà bien apprécié "Storm Before Calm"

j'adore le quatrième morceau... "End Of All Times"

globalement le chant n'est pas toujours parfait (d'un point de vue purement "technique"), mais il y passe vraiment des sentiments et quand on écoute ce groupe, on sent une espèce de fierté inexplicable nous remplir... une fierté "pure" et "vide" car ne s'appliquant à rien en particulier mais une fierté quand même, de celles qui font bomber le torse comme si on manquait d'air et qui soulage par cette respiration (et ça, ça donne du plaisir... oui, bon, me faites pas dire ce que je n'ai pas dit Very Happy )

je ne m'attendais pourtant pas à aimer la musique du groupe au vu des descriptions que j'en avais lu...
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Message  maarnaden le Dim 24 Avr - 17:42

j'en profite pour rajouter que, même si c'est différent musicalement, je trouve cet album de PRIMORDIAL (et le précédent) très proche dans l'esprit d'albums comme "New Dark Age" de SOLSTICE (alors que c'est du doom-metal) et "Down Among The Deadmen" des américains de THE LORD WEIRD SLOUGH FEG (alors que c'est du pur heavy-metal à l'ancienne)...
une sorte d'esprit en même temps guerrier mais "sage", un peu l'esprit de l'explorateur qui regarde la mer sous un ciel plombé du haut d'une colline herbeuse battue par le vent juste d'avant d'embarquer sur son bateau (même si ça ressemble à du délire, c'est vraiment ce que m'inspire cette musique...)
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Message  Cardinal-Sin le Lun 25 Avr - 0:00

bah c'est un peu logique parceque Slough Feg traite presque que des mythes irlandais et inclue quelques influences musicales tout comme Solstice dont le leader a signé Slough Feg sur son label et un mec de ce groupe jouait dans Solstice, donc tout se recoupe plus ou moins Smile moi c'est quand même Bathory que j'entend sur presque tout les titres un peu comme si un Drakkar pleins irlandais s'était échoué dans une baie suédoise pour y refaire le plein en salami clown
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Message  carnage le Mar 23 Aoû - 21:10

J'ai acheté ce disque et je me suis dans la peau des afficionados, je me suis condtionné à subir leurs influences, c'est dire. Mais Je n'aime pas trop, y a des trucs bien plats quand même. Désolé je n'ai que 2 vagues écoutes dans les pattes, affaire à suivre donc...
Je suis resté à journey's end et au fameux spirit the earth aflame.

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