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Message  Kaptendonc le Mar 1 Fév - 1:51

Cette chronique-là, elle a un mois de retard, mais vous n'y perdez pas au change: elle est deux fois plus longue !

MASTODON
"Leviathan"

(Relapse records 2004)



1. Blood and Thunder
2. I am Ahab
3. Seabeast
4. Island
5. Iron Tusk
6. Megalodon
7. Nacked Burn
8. Aqua Dementia
9. Hearts Alive
10. Joseph Merrick

"Pêcheras-tu Léviathan avec l'hameçon ? Et lui lieras-tu la langue avec une corde ?
Passeras-tu un jonc en sa narine, perceras-tu sa mâchoire d'un crochet ?
(...)
De qui l'atteint le glaive ne s'implante, ni la lance, ni la flèche.
Il considère le fer comme de la paille, l'airain comme du bois pourri.
Le fils de l'arc ne le fait pas fuir, les pierres de la fronde sont pour lui fétu.
Sous lui sont pointes acérées, il raie d'une herse la boue.
(...)
Point de pareil sur la terre, lui qui est crée sans peur.
Il regarde tout être altier, il est le roi de toutes les bêtes féroces."
(La Bible, Job 40-41)

"The fight for this fish is a fight to the death"
(Mastodon, Blood & Thunder)


Le troisième album d’un groupe est souvent appelé “l’album de la reconnaissance”, dans le mesure ou le premier a pu tenir lieu de sérieuse carte de visite et le deuxième de puissant enfonceur de clou, ce qui n’est pas peu dire dans le cas des yankees de MASTODON, dont on se souvient qu’ils étaient parvenus, même dans les régions les plus reculées de notre vieille Europe, à casser pas mal de baraques avec “Remission”, avant de voir enfin la porte déjà entrebaillée du succès s’ouvrir assez grande pour laisser passer l’énorme “Leviathan” qui récemment a eu le joyeux privilège d’être classé meilleur-album-2004 par la revue TERRORIZER, et ceci tout juste après avoir obtenu la même première place au palmarès de l’année de leur concurrent KERRANG!, ce qui paraît déjà plus surprenant, surtout pour un magazine qui n’hésite pas à mettre au moins quinze fois par an Muse, Good Charlotte et Sum 41 en couverture, mais il faut croire que leur slogan “life is loud” a encore parfois des chances d’être pris au pied de la lettre par les membres les plus influents de la rédaction, et c’est ainsi que Mastodon a gagné la dernière ligne droite à l’arraché devant Green Day et My Chemical Romance, autant dire carrément qu’il n’y avait pas photo. Mais pour en revenir à KERRANG!, c’est également un journaliste de ce mag anglais qui a inventé tout spécialement pour classifier Mastodon le style “whale-core”, un terme qui aurait de quoi faire rire la baleine la plus dépressive de toute la zone septentrionale de l’océan arctique. (Ah là là, ces journalistes...) Mais d’un autre côté cela montre bien à quel point les pochettes de Mastodon ont un impact conséquent. Déjà celle de “remission” était plutôt inoubliable et faisait drôlement froid dans le dos, avec ce cheval cabré et terrorisé qui regarde ses propres entrailles bouillonnantes lui jaillir de l’échine comme des flammes, voilà le genre d’illustration qui a généralement plus de chances de figurer sur un recueil de poèmes d’Henri Michaux que sur une jaquette de CD de Metal. Pour le visuel de “Leviathan” c’est un peu différent, l’ambiance de cauchemar est toujours là, dans les couleurs surtout, mais la violence exprimée par l’image relève davantage du mythe universel que du fantastique ou du rêve, le “leviathan” étant comme on le sait un monstre marin de la mythologie phénicienne qui, dans la Bible, symbolise les puissances du mal. (Paul Auster a intitulé un de ses romans “Leviathan” qui racontait l’histoire d’un terroriste assez singulier). On pense également à la baleine blanche du roman d’Herman Melville: “Moby Dick” (d’ailleurs le morceau “I am Ahab” y fait directement référence), ou a toutes les légendes d’animaux aquatiques plus ou moins liés à des naufrages inexpliqués ou à des cataclysmes locaux (d’ailleurs il y a sûrement au moins une tribu indigène des îles Andaman qui a dû mettre le récent tsunami sur le compte de la colère d’un de ces monstres englouti quelque part au fond des eaux indiennes). On est donc assez loin des thèmes abordés en général dans l’imaginaire légèrement étriqué des habituelles productions metalliques, et ce n’est sûrement pas une mauvaise chose que d’élargir un peu le panorama ou de changer de lunettes. Je ne voudrais pas mettre d’emblée Mastodon sur un piédestal intellectuel particulièrement élevé, mais on peut quand même dire que pour un groupe de bouseux des faubourgs d’Atlanta (Georgie), ils en ont dans la cafetière, si je puis me permettre l’expression. Et d’un autre côté, ces racines profondément enfouies en terre sudiste (n’oublions pas que Lynnyrd Skynnyrd était du coin aussi...) leur ont certainement transmis quelque part l’art d’en découdre sans trop tergiverser longuement, et si vous écoutez le riff de “Blood and Thunder”, vous sentez tout de suite qu’on ne va pas attendre l’arbitre pour envoyer un bon crochet du gauche dans la mâchoire de celui à qui ça ne plait pas, ni a sortir la Winchester de sous le siège du camion si la situation l’exige. On aurait pu dire la même chose pour Metallica à l’époque de “Ride the Lightning”, et si les magazines cités plus haut n’ont pas mis longtemps à comparer ce groupe-là à ce groupe-ci, c’est sans doute parce qu’une sorte de crudité commune dans la violence leur a sauté aux oreilles comme un souvenir pas encore complètement refroidi. Mais au-delà d’un rapprochement facile et sans doute assez artificiel, on peut tout de même remarquer qu’il y a quelque chose de typiquement américain dans la musique de Mastodon, comme les dernières traces d’un héritage culturel en miettes disséminé au gré du vent par-dessus les grands espaces cinématographiques déserts, les ruines post-industrielles d'un siècle de Jazz et les étendues d'éclaboussures monochromes signées Jackson Pollock, entendez par là qu’il y a une dimention, une profondeur de champ, une texture qu’aucun groupe suédois, allemand, finlandais, italien, danois ou français ne pourra vous faire ressentir avec autant de détachement et de grâce. Le mot peut paraître déplacé, voire insensé lorsqu’on est en présence d'une telle lourdeur basique, mais je le trouve plus juste que certains termes visant à rationaliser le style qui leur est propre jusqu’à l’ inscrire dans un courant qu’ils ne font que traverser (math-metal notamment), en tout cas je ne pense pas que Mastodon ait grand chose de commun avec les groupes ultra-techniques ou excessivement déjantés qui partagent leur label. Si vous avez l’esprit réducteur, en écoutant “Iron Tusk”, vous direz que c’est du stoner, en écoutant “Island”, vous direz que c’est du thrash, en écoutant “John Merrick” vous direz que c’est du prog. Et ainsi de suite, mais en même temps vous penserez le contraire, parce que ce n’est jamais assez stoner, ni assez thrash, ni assez prog pour être simplement compris de cette manière. Il faut reprendre l’histoire à l’envers, avec des oreilles zen, et chercher à distinguer le vide avant le plein, le silence plus que les sons. Et plutôt que de parler de la complexité des compositions, il faut voir au contraire la non-construction d’un édifice qui s’écroule en direct, car c’est bien une impression d’éboulement accéléré qu’on peut ressentir à l’écoute de plusieurs morceaux, où les guitares sont comme des pelles ou des mains géantes qui voudraient à toute vitesse replacer les gravats au sommet avant que tout ne retombe indéfiniment. On dirait qu’ils fabriquent des statues de sable, mais sous l’eau, et qu’alors ils sont si occupés à essayer de ne pas se noyer qu’ils en oublient même ce qu’ils étaient en train de faire, mais qu’ils continuent, par réflexe, à bouger des membres depuis longtemps sectionnés, remplacés par des débris de métal qui eux mêmes deviennent tranchants à force d’abrasion, mais qui seront parfaits en cas d’attaque de prédateurs. “Iron Tusk”, la défense de fer (défense dans le sens animal, comme en ont les éléphants), au moins nous voilà prévenus: qu’on le veuille ou non, on est ici dans un univers de couteaux et de dents, de squales et de sang, de sel et de rouille. Je n’ai découvert que tardivement, après de nombreuses écoutes, l’aspect tout à fait “sous-marin” de certains morceaux, notamment “Megalodon”, “Seabeast” et “Aqua Dementia”, qui outre leurs titres aux consonnances aquatiques possèdent vraiment quelque chose de liquide et de profondément inqiétant, comme toutes ces formes bizarres, bestioles, algues et coraux qui apparaissent dans l’obscurité trouble du champ de vision quand on explore un peu les fonds marins, même la sensation de bulles qui remontent à la surface est présente à travers l’entrelacement de notes de guitares dont le son suraigü et crissant évoque des raclements de cables et de ferrailles tourmentées contre la coque d’une épave. Doit-on voir là l’expression du génie dans son sens le plus paranormal, ou la simple flamboyance d’un talent qui ne demande qu’à gagner du terrain sur la médiocrité d’un monde de sourds ? Toujours est-il que la force débridée traversant chaque morceau comme une coulée de lave est plus qu’efficace pour donner une cohésion au jeu de ces quatre musiciens qui n’ont pas besoin de porter des masques pour prouver qu’ils jouent “ensemble”, ni de faire produire leur album par un personnage illustre dont le nom rimerait avec accroissement du chiffre de ventes. Au contraire, la magie de Mastodon se trouve justement au coeur du matériau brut, et non pas dans sa finition, et si vous écoutez bien “Naked Burn” vous aurez l’impression dêtre en face d’une sculpture tellement ciselée au burin qu’elle en paraît lisse, et en même temps vous en distinguez toutes les écorchures, les nervures, les fibres et les noeuds, jusquà entrevoir finalement le tronc d’arbre d’où elle est issue et dont les dimentions frôlent le gigantisme, mais aussi le mouvement du marteau qui oscille perpétuellement de l’élan à l’écrasement, et le souffle douloureux qui l’accompagne, le cri retenu à l’angle de l’effort, à l’extrème limite de la déchirure. Faut-il obligatoirement affronter les forces cosmiques pour engendrer une oeuvre aussi vertigineuse et définitivement inovante ? En tout cas, comme tout mythe qui se respecte, celui de la chasse à la baleine blanche est le symbole d’une quête, celle de simples mortels qui vont défier l’interdit pour percer les secrets d’un dieu inconnu. J’ose affirmer que Mastodon est sur la bonne voie.



Brent Hinds: guitare, chant
Bill Keliher: guitare
Troy Sanders: basse, chant
Brann Dailor: batterie


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Re: [M-E 001] Mastodon > Leviathan

Message  Cardinal-Sin le Mar 1 Fév - 1:55

je les avais vu sur la tournée avec The Haunted et Hatesphere, ils sauvé mon déplacement à eux seul alors que je les connaissais pas, notamment grâce à une reprise de Thin Lizzy irrésistible...eux... je parle pour rien dire, faudra que je jette une oreille sur le disque studio bigsmurf
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Re: [M-E 001] Mastodon > Leviathan

Message  Kaptendonc le Mer 2 Fév - 1:19

La reprise de Thin Lizzy, ça devait sûrement être "Emerald", car ce morceau figure en bonus sur leur 2ème album ("Remission") et c'est vrai que leur interprétation est excellente (et en plus ça montre qu'ils ont du goût !)
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Re: [M-E 001] Mastodon > Leviathan

Message  maarnaden le Ven 4 Mar - 21:59

c'est marrant, c'est vraiment un groupe que j'aurais adoré détester, mais après écoute de "Remission" (il y a déjà quelque temps) et de "Leviathan" (je préfère le second d'ailleurs, peut-être car découvert plus récemment), je n'arrive simplement pas à accrocher, ça me laisse indifférent (on repassera pour la détestation... Mr. Green )
c'est bien fait, mais j'accroche pas, je trouve leur style trop "composite" et pas encore très cohérent même si je n'arriverais sans doute pas trop à préciser cette impression... par contre, je trouve le 9ème morceau de "Leviathan" excellent... c'est la seule chose que je retiens, sinon, je m'ennuie pas mal à l'écoute de leur musique...
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Re: [M-E 001] Mastodon > Leviathan

Message  Kaptendonc le Ven 4 Mar - 23:59

De l'ENNUI ? Ah bon... enfin pourquoi pas. Tu as peut-être des éléments de comparaison qui sont plus évidents que les miens, ça me semble plus "nouveau" à mes oreilles et j'y mets vite des images, des scénarios, et bref je ne m'ennuie pas du tout, jamais... question d'angle d'approche.
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Re: [M-E 001] Mastodon > Leviathan

Message  R+25 le Jeu 29 Juin - 23:31

un super album, j'ai pu voir les 4 gaillards sur scène aux eurocks l'année dernière (il y'a quasiment un an cheers ) Ils ont bien défendu Leviathan les moments forts furent Blood and Thunder et Iron Tusk


J'ai pu les voir en séance de dédicace après enfin osef...


Un super album

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