TOTAL CULTE :

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Message  Kaptendonc le Sam 2 Fév - 18:48

SAXON
“Wheels of Steel”

EMI Electrola 1980
Style: True NWOHM

https://www.youtube.com/watch?v=8kQWYmncCj4



Un homme brandit une épée dont la lame est éclaboussée de sang, il a l’air de très mauvaise humeur et prêt à tout avec ses longs cheveux graisseux et son bouclier tout cabossé. Ce visuel assez maladroitement réalisé par un plagiaire de Frazetta n’a terrorisé personne à la sortie du premier album de Saxon, lui-même n’ayant pas marqué la décénie, qui d’ailleurs s’achevait. Il a donc fallu attendre 1980 et le second album du quintet britanique pour que des milliers de paires d’oreilles instantanément conquises se tournassent vers lui, et alors là vraiment plus rien n’a été comme avant le jour où “Wheels Of Steel” est sorti.

Welcome to the eighties donc, exit les longues compositions boursoufflées de psychédélisme farineux, exit la flûte traversière de Jethro Tull et les violons efféminés de Queen, exit les 70’ au goût de guimauve, il était temps de faire table rase de toutes ces mièvreries séniles. Des jeunes loups sortis des pires coins industriels de l’Angleterre avaient envie d’arracher l’herbe à grosse mottes sur leur terrain vague, et ils ne se sont pas fait prier pour montrer leurs dents luisantes et pointues comme leurs guitares. En trois coups de burin, ils ont fait jaillir des étincelles de l’acier comme l’eau d’une source.

Combien de hordes de fans chevelus se sont mises en marche, ont accueilli le groupe les poings levés, imité la dégaine, mimé les soli de gratte avec un balai pourri, secoué la tête jusqu’à la commotion cérébrale ? Combien se sont précipités, ont piétiné sur place, mangé de la poussière, se sont fendu le crâne, ont escaladé la fenêtre de leur chambre sans réveiller leur petite soeur pour aller au concert, combien ont arraché l’affiche encore dégoulinante de colle pour la ramener au-dessus du lit et y orienter quatre petits spots achetés spécialement pour ça ? Combien ont fait la vidange annuelle de leur moto les larmes aux yeux, les doigts noirs et dans un état d’hallucination absolue ?

Le coup de génie chez Saxon, même si ces mecs n’en étaient pas pleinement conscients, ça a été de faire carré et direct, de parler de bécanes et de baston, de ne pas chercher midi à quatorze heures. Tout le monde avait besoin de ça, et avec deux trois riffs joués à l’arrache ils sont arrivés à point nommé pour satisfaire tout le monde, les bikers et les prolos, les ados et les barjots, tout ceux qui trouvaient Motörhead trop poisseux, AC/DC trop binaire, Van Halen trop tarlouze et Deep Purple trop has-been, tous ceux qui trouvaient que les Punks ne savaient pas jouer mais qu’ils disposaient quand même d’un quota d’énergie digne d’une cargaison de vingt tonnes de pile Duracell, et tous ceux qui rêvaient de descendre dans la rue avec une mitraillette et d’ouvrir le feu.

Les musicos de Saxon étaient apparus exactement pour eux, ces desespérés de l’existence, errant n'importe où en l'absence de dieux. Mais Saxon avait le son et le nom, ce furent donc eux les barbares des temps actuels, ils faisaient autant de bruit que cinq Tupolev à l’aterrissage et quinze Boeing au décollage, ils ne se perdaient pas en longs discours ni ne se regardaient le nombril, d’ailleurs en avaient-ils un ? Des martiens n’auraient pas mieux occupé ce rôle de messie du Metal. Un groupe avec un grand S, qui ne venait pas de Saxe mais d’une ville sidérurgique nommée Barnsley, dans le comté du South-Yorkshire, où la vie est franchement aussi joyeuse qu’un gros portail d’usine en période de grève, et la couleur du ciel tout aussi suicidogène.

Basse qui crépite, guitares aux cordes tranchantes comme des lames de cutter frottées par des brosses métalliques rotatives et des scies circulaires boostées au mégavoltage nucléaire, batterie de laminoir emballée dans des kilomètres de barbelés, voix d’outre-civilisation, étrange, échoïfiée, chantant comme on n’osera plus jamais chanter après ça. Chaque morceau avait de quoi faire exploser le néon de la salle de bain, fondre les vitres et gerber les canaris. Il y avait une odeur de fer brûlé dans le microsillon, un clouteur électrique dans la chaîne hifi, une bombe au mégatonnage incommensurable dans les refrains de ces hymnes que des foules déchirées ont apris par coeur en vingt secondes.

Et puis rien que dans le titre du disque, il y avait ce fameux mot:“steel”, l’acier. Un alliage lourd à la solidité redoutable, qui semblait déferler encore brulant des guitares brandies par Paul Quinn et Graham Oliver, et se boulonner sans répit et en profondeur à tout ce qui traînait dans les parages avec une vigueur de machine endiablée. Bien sûr il y a eu la même année l’album “British Steel” de Judas Priest, mais ce dernier ne provoquait aucune surprise, du fait qu’il s’inscrivait en toute logique dans la continuité de “Stained Class” et “Killing Machine”, et j’oserais ajouter que “British Steel” était même plus faible que ses précédents, limite commercial (avec un “Living After Midnight” qui sonne comme du Village People en rut et sous extasy), alors qu’à côté de ça l’acier viril et ravageur de Saxon était vraiment d’une autre trempe, et seuls des troupeaux de gnous empaillés y seraient restés insensibles du début à la fin.

Il ne fallait pas longtemps à n’importe qui pour comprendre que tous les titres étaient des mégatubes que le groupe reprendra sur scène même trente ans plus tard: “Motorcycle Man”, “Stand Up and Be Counted”, “747 (Strangers In The Night)”, et bien sûr ce “Wheels Of Steel” au riff inoubliable et pétaradant qui semble sortir tout droit des cylindres d’une Triumph Bonneville, d’une Norton Comando, ou d’une Motoguzzi 1000 customisée. “Freeway Mad” ou “Street Fighting gang” envoient la purée tout aussi promptement, et que dire de ce “Machine Gun” avec sa déflagration de basse et son double solo de gratte vertigineux ? Seul “Suzie Hold On”, baladesque et mou du genou fait un peu tache d’huile sur le tableau, mais ça ne fait toujours qu’un morceau sur neuf. Comparez avec les albums actuels où seul un titre est audible et le reste peut partir direct à la poubelle en même temps que le cellophane qui emballe le CD.

Il faudrait parler aussi de l’aigle sur la pochette, qui deviendra la mascotte du groupe et un thème récurent (“The Eagle Has Landed” et la scénographie qui l’accompagnait durant la tournée). Non seulement, dans ses tons bleutés et nickelés, il évoquait une sorte de logo de marque de moto, mais encore il était un parfait symbole de liberté au sens propre. Liberté d’interprétation, puisque le groupe semblait ici jouer à fond les potards sans même penser à ce que le terme “arrangements” pouvait bien vouloir dire, et nous n’entendrons ici évidemment aucun choeur guerrier, aucune intro grand-orchestrale, mais tout juste quelques bruits de moteur enregistrés dans la rue avec un magnéto à cassettes et une explosion prise à la télé dans un film de guerre. La classe, je crois que ça résume vraiment tout au sujet de cet album, Saxon avait la classe que les autres n’avaient pas. Même Iron Maiden, puisqu’il faut en parler (leur premier album est sorti la même année, tout le monde le sait), Iron Maiden avait un côté excessif et vulgaire qu’illustre bien la pochette avec ce monstre de foire aux cheveux jaunes sur fond de mur de brique verdâtre, ce fut encore pire avec “Killers”, le même monstre jaune mais la hache en plus, alors qu’au même moment Saxon enfonçait son clou avec un “Strong Arm Of The Law” éblouissant de sobriété qui semblait la continuité directe de “Wheels Of Steel”.

Ce qui surprend même si longtemps après, c’est de ne jamais sentir le produit fabriqué, genre le piège marketing lancé pile poil au bon moment, et même si des légions de suiveurs ont fini par faire naître cette fameuse Nouvelle Vague Du Metal Lourd Britanique (NWOBHM), on perçoit dès les premiers accords la sincérité de la chose, l’innocence et la spontanéité. C’est rentre-dedans et en même temps un peu timide, la preuve dans le “clip” de l’époque, où l’on voit Biff Byford chanter derrière (!) la batterie. Il redoutait peut-être déjà ce moment fatal où, bien plus tard, le business aura ressérré ses filets, et Saxon au grand complet se sera embourbé dans la mélasse commerciale totale, et s’en sera miraculeusement extirpé longtemps après, mais c’est déjà une autre histoire.

Maintenant reécoutez “Wheels of Steel” juste comme ça pour voir, écoutez-le bien attentivement dans votre bagnole un soir de pluie, écoutez-le pendant que vous rédigez votre déclaration d’impôts, écoutez-le en jouant aux petites autos et aux puzzles avec un enfant qui ne veut plus dormir à cinq heure du matin, écoutez-le en lisant “Les pionniers du chaos” de Norman Spinrad ou “Les culbuteurs de l’enfer” de Roger Zelazny, écoutez-le dans un contexte de problèmes et de soucis et il vous paraîtra d’un seul coup fondamental. Souvenez-vous aussi qu’il y avait une époque où tous les disques étaient noirs et mesuraient trente centimètres de diamètre, et que des tas de gens aux coiffures improbables croyaient dur comme fer qu’un objet sonore nommé synthétiseur allait leur apporter quelque chose de profond et d’irremplaçable. En fait tous ceux qui ont vécu la glaciale décénie des Cure, Depeche Mode et autres Bauhaus sont d’accord pour affirmer que l’ennui et la morosité dominaient à longueur de nuits. Mais du côté de chez Saxon et compagnie, c’était plutôt le contraire, la bonne humeur et la bière coulant à flots, une gonzesse calée au bout de la selle et les carburateurs sciés, tous ces trucs qu’il n’y a pas à regretter. Alors rien que pour ça WHEELS OF STEEL mérite sa dose de respect.

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Message  Cardinal-Sin le Mar 19 Fév - 1:39

ouais du grand Saxon... que dire de plus, ça roulezzzz
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Message  Clark_Gabal le Lun 30 Juil - 20:56

Plus de chros!
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