un groupe allemand

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Message  Kaptendonc le Sam 3 Nov - 20:39

EMPYRIUM
“Weiland”

Prophecy 2002
Style: folk atmosphérique



A la Toussaint, vous avez peut-être fait une promenade avec vos vieux parents et des gens de votre famille, vous n’aviez pas voulu vous attarder au cimetière car il faisait trop froid et tout le monde était un peu mal à l’aise devant ces pots de chrysanthèmes, alors vous vous êtes tous dirigés vers la forêt toute proche, d’où fusaient des rayons de soleil prisonniers des arbres. Lentement et silencieusement, comme en procession, vous avez marché les uns derrière les autres, en piétinant de molles couches de feuilles mortes, certaines très anciennes, d’autres fraîchement tombées, luisantes encore de cette humidité qui semblait ne jamais quitter les sous-bois. Un très fin brouillard paraissait flotter au ras du sol, dans lequel vous sembliez patauger maladroitement, engoncés dans vos gros manteaux d’hiver sortis trop tôt pour la saison. Votre haleine devenait fumée, vos doigts se gelaient malgré vos efforts pour les bouger, vos nez rougissaient à vue d’oeil et vous aviez l’air d’un groupe de réfugiés d’un autre pays, ou d’une bande de gueux du moyen-âge, poursuivis par quelques corbeaux dont les croassements vous faisaient frissonner. Mais les couleurs de la forêt frétillaient d’orange, de jaune, de cuivre et d’or, au point que souvent vous en oubliiez vos angoisses et vous leviez les yeux et renversiez la tête en arrière et montriez du doigt, sans même échanger un mot, mais juste en dévoilant un regard allumé ou un arrondissement des lèvres qui attestait l’ébahissement, vous avanciez alors avec plus de vigueur, malgré le vent glacé qui s’infiltrait partout, malgré les larmes qui pointaient au bord de vos yeux. C’était un vieux chemin de bûcherons qui vous entraînait au coeur de la forêt, et vous ne saviez pas vraiment ce qu’il y avait au bout, mais il fallait continuer de marcher juste pour fuir tout ce à quoi vous n’aviez pas envie de penser, les tombes, le grand froid de la mort, et vos proches enterrés, le vide qu’ils avaient laissé. Cette forêt touffue paraissait propice à la consolation, il y avait là tellement de branches qui s’agitaient comme des mains tendues, tellement de vie, de mouvements et de couleurs, seuls les grands sapins sombres et solennels semblaient s’abstenir de participer à la fête, et leur présence inquiétante refroidissait encore l’atmosphère. Vous essayiez alors de penser au temps de Noël qui arriverait bientôt, mais quelque chose vous empêchait de vous concentrer, vous étiez tous comme ivres ou drogués, vous soutenant les uns les autres pour continuer votre marche éperdue, jusqu’à ce que brusquement quelqu’un déclarât qu’il était déjà tard et qu’il serait peut-être temps de rentrer, qu’on ne pourrait plus aller très loin comme ça, sans lumière, sans carte, sans boussole, sans nourriture, d’ailleurs c’était vrai, vous commenciez tous à avoir faim et soif, et peur de ne rien trouver à manger et à boire nulle part. Alors comme par un unanime réflexe de survie, vous avez tourné les talons et rebroussé chemin sans faire le moindre commentaire, mais en sachant tous que c’était ça qu’il fallait faire, que c’était ce qu’il y avait de plus raisonnable, de plus logique: vous alliez retrouver la chaleur de la maison, le service à thé en porcelaine, les gâteaux à la crème, les petits-fours, les noix, le petit verre de Cognac. Vous alliez remettre votre vie en place dans le confort qu’elle méritait, loin de cette anarchie forrestière que vous vous empressiez maintenant de fuir, chacun marchant plus vite que l’autre, comme pris d’un mouvement de panique contagieuse. Vous saviez que la nuit tombait de plus en plus tôt, et dès que l’obscurité s’installait tous les éléments végétaux ou minéraux prenaient des allures menaçantes, d’ailleurs n’aviez-vous pas vu quelque chose bouger entre les troncs des bouleaux ? N’aviez-vous pas entendus comme des bruits furtifs, des brindilles qui craquaient, des respirations d’animaux ou autres créatures ? Vous vous êtes presque mis à courir, père, mère, oncle, tante, cousins et cousines, bébés endormis, chiens en laisse muselés par la terreur, et vous avez finalement déboulé à l’entrée du village, suffoquant et haletant comme des rescapés d’un sinistre. Puis au bout d’un long silence où vous esayiez, hagards, de reprendre vos esprits, vous avez fait chacun comme si de rien n’était, comme si cette escapade en forêt n’avait jamais eu lieu, puis vous avez engagé une conversation banale à propos du lendemain, à quelle heure tel ou untel allait repartir, et quand il faudrait le conduire à la gare, et dans la voiture de qui. Et ainsi de suite, jusqu’à ce que la violence de l’éclairage urbain vous occultât la présence de la lune.
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