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Message  Kaptendonc le Sam 20 Oct - 19:31

OM
“Pilgrimage”
Southern Lord 2007
Style: Drone-Doom



Avec son grand bonnet gris fleurant bon le tricot familial et ses lunettes rectangulaires d’assistant pharmacien, le leader d’Om a parfaitement le phisyque d’une personne qui semble s’être donnée pour mission de débarasser le genre Doom Stoner de la pachydermie qui l’habite généralement, et on se doute bien qu’une telle entreprise relève de la tâche ardue, surtout pour quelqu’un qui joue de la basse, et qui plus est en a joué autrefois jusqu’à l’hébétude comateuse dans un groupe du nom de Sleep. Le batteur qui l’accompagne dans cette respectable mission est lui aussi originaire de Sleep, et pour tout dire il ne faudrait que le guitariste, parti chez les High On Fire, pour qu’on soit pour de bon en présence de Sleep au grand complet. Alors on va dire qu’Om c’est les trois quarts de Sleep, groupe légendaire dont on a d’ailleurs déjà parlé sur le forum, et si l’opinion que j’exprimais alors était assez négative, c’est parce que je ne m’étais pas encore rendu compte que Sleep n’était en fait que la chenille dont le papillon serait Om. En effet, ce qui s’imposait grossièrement et à l’état larvaire chez Sleep se retrouve comme transfiguré chez Om, c’est à dire métamorphosé en quelque chose de magnifique dont l’amplitude parvient à dépasser des sommets d’élégance et de spiritualité inouis, et ceci rien qu’avec une section rythmique réduite à ses plus simples composants, ainsi qu’une forme de chant qui semble émaner tout droit du larynx d’un Brahmane sous hypnose.

No guitar donc, ce qui est plutôt rare dans ce milieu, mais la chose s’est avérée tout à fait efficace pour notre joyeux duo de missionnaires, au point de leur avoir permis, mine de rien, d’enregistrer deux albums vénérés par les puristes dès leur sortie. La photo en noir et blanc illustrant le premier nous montrait un goéland figé en plein vol et comme perdu dans un immense ciel grisailleux qui s’assombrissait vers les hauteurs, tandis que sur le second figuraient deux cygnes traversant une étendue d’eau tout aussi grise mais d’apparence visqueuse. Pour le troisième, dont il est question ici, les éléments aériens, aquatiques et sauvages ont soudain fait place à la matérialité lithique d’une fresque aux tonalités plutôt vives. Une nouvelle étape semble avoir été franchie, mais on se trouve toujours encore dans cet espace-charnière entre un monde pensé et un monde rêvé, où les symboles interrogent bien plus qu’ils affirment. Ainsi de ce fragment d’esthétique médiévale on retiendra surtout la grande profondeur du bleu du ciel, indigo pourrait-on dire, installant déjà un climat, monochrome au départ, mais inquiétant au fur et à mesure de la lente progression du voyage. Comme dans ce “pélerinage” dont il est question dans le titre, l’auditeur est effectivement convié à un cheminement, sinueux et peut-être dangereux, mais dont il connaît la destination.

Structuré en quatre parties (ou plutôt trois, puisque la quatrième est la reprise de la première) qui s’articulent entre elles et s’emboitent comme à l’aide d’invisibles roues d’engrenages, l’album s’écoute comme une oeuvre classique, je ne dirais pas une symphonie ni une messe des morts, mais plutôt une de ces pièces uniques et intouchables à la “Boléro” de Ravel, “Voyage d’Hiver” de Schubert, “Variations Goldberg” de Bach, ou “Chants d’Extase” d’Hildegarde Von Bingen, d’accord je pousse un peu loin la comparaison mais vous voyez ce que je veux dire: ces quatre morceaux ne sont pas des hymnes de headbangers wackeniens qu’on se rechante chez soi en manipulant une épée en plastique, mais plutôt des sortes de mantras qui, une fois rentrés dans vos têtes, n’en finissent plus de faire bouillonner leurs mélopées. La ligne de basse qui les remue est très belle et n’impose qu’avec beaucoup de subtilité sa torpeur ondulatoire, doublée d’une écrasante solennité qui rappelle un peu le “Solinari” de Morgion. Mais ici ou là un changement de rythme vient titiller l’attention de l’auditeur, prévenant tout risque de monotonie, puis dès l’arrivée du deuxième morceau les choses prennent une tournure de massue totale. La pachydermie n’est pas loin, mais nos deux valeureux combattants veillent au grain, et ainsi ce qui apparait comme lourd n’est en fait que puissamment violent, c’est à dire assez pour diriger toute forme de méditation vers là où elle doit aller, à la manière des coups de bâton des maîtres Zen sur leurs élèves agenouillés. Inlassable répétition du riff était le mot d’ordre chez Sleep, on le retrouve évidemment chez Om dans sa version épurée, mais néammoins efficace, avec toujours cette partition pour basse qui semble ici avoir été écrite pour un luth ou autre instrument oriental. Quant à la batterie, elle s’en tient souvent volontairement à des sonorités bien roots style tablas et congas, tambourins et sonailles, mais avec un bon jeu percussif qui vient rythmer comme il se doit la procession du pélerin sur la route.

Le troisième morceau est le plus complexe de tous, et de loin mon préféré, notamment avec cet extraordinaire instant ou la distorsion s’éteint et la basse continue presque en mode accoustique, tandis que le chant devient curieusement incantatoire et mystique, jusqu’au moment ou tout repart à pleine puissance et se remet à faire bourdonner les nuages au dessus de nos têtes. La notion de pélerinage est présente dans la plupart des religions, faisant partie en quelque sorte d’une culture collective, et la musique, les chants et les prières qui accompagnent ce genre d’expéditions prennent généralement un ton particulier, lié à la respiration rythmant la marche lente, et c’est clair en l’écoutant que cet album porte bien son titre. Au dos de la pochette, il y a cette petite information: “engineered by Steve Albini”, mais on s’en serait douté ! Que dire de plus, ci ce n’est qu’il faut écouter cet album souvent pour en ressentir les bienfaits, une sorte de douce euphorie qui prend peu à peu sa place dans le cerveau avec la nette impression que rien ne pourra interrompre le cours des choses à part une panne d’électricité. “Pilgimage” me paraît quand même un peu court, seul repoche qu’on puisse faire à cet album, car avec disons une demi-heure de plus, c’est au nirvana-même que se situerait le terminus.
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